La règle du hors-jeu au football est la loi 11 des Lois du Jeu, et c'est celle qui provoque le plus de discussions dans les tribunes. Sa difficulté ne tient pas à son énoncé, assez court, mais à une distinction que beaucoup de spectateurs ignorent : être en position de hors-jeu n'est pas une infraction.
En résumé
- Le hors-jeu est la loi 11 des Lois du Jeu, et sa difficulté ne tient pas à son énoncé mais au moment précis où la position s'apprécie.
- Ce moment est celui où le ballon est joué par le partenaire, pas celui où il est reçu : c'est de là que viennent la plupart des désaccords.
- Être en position de hors-jeu n'est pas une faute en soi : encore faut-il que le joueur participe à l'action.
Cette page détaille ce que l'arbitre regarde, le moment exact où la position s'apprécie, les situations où le hors-jeu ne peut pas être sifflé, et ce que la vidéo a changé.
Position de hors-jeu et infraction : deux choses différentes
Un joueur est en position de hors-jeu lorsqu'il se trouve dans la moitié de terrain adverse et qu'une partie de sa tête, de son tronc ou de ses pieds est plus proche de la ligne de but adverse que le ballon et que l'avant-dernier adversaire.
Cette position, à elle seule, n'est pas sanctionnée. L'infraction n'existe que si le joueur, au moment où un coéquipier joue le ballon, participe activement au jeu de l'une des trois façons prévues par la règle.
- Interférer avec le jeu : jouer ou toucher le ballon.
- Interférer avec un adversaire : lui barrer la trajectoire, gêner sa vision, disputer le ballon avec lui.
- Tirer un avantage de sa position : reprendre un ballon revenu d'un poteau, du gardien ou d'un adversaire ayant dévié le ballon.
C'est pourquoi un attaquant peut rester plusieurs secondes en position de hors-jeu sans qu'aucune faute ne soit commise. Tant qu'il ne touche pas le ballon et ne gêne personne, il n'y a rien à siffler. Notre rubrique actualité du football revient régulièrement sur les décisions arbitrales qui font débat.
Le moment qui compte
L'erreur la plus répandue consiste à juger la position d'un joueur au moment où il reçoit le ballon. La règle dit l'inverse : la position s'apprécie à l'instant précis où le coéquipier joue ou touche le ballon.
Un attaquant peut donc partir d'une position régulière, dépasser la défense pendant le vol du ballon et recevoir la passe seul face au gardien sans être hors-jeu. Inversement, un joueur immobile devant le but sera sanctionné si, au moment de la passe, il était déjà au-delà de l'avant-dernier défenseur.
Ce décalage entre ce que voit le spectateur et ce que juge l'arbitre explique une bonne part des contestations dans un stade de football. Le joueur qui proteste regarde l'arrivée du ballon ; l'arbitre assistant, lui, a figé mentalement l'image du départ.
Ce qui compte dans la mesure du corps
Depuis une modification entrée en vigueur en 2020, seules les parties du corps avec lesquelles un joueur peut légalement marquer sont prises en compte : la tête, le tronc et les jambes.
Les bras et les mains sont exclus, et la limite retenue se situe au niveau de l'aisselle. Un attaquant dont seul le bras dépasse la ligne défensive n'est donc pas en position irrégulière. Cette précision a mis fin aux hors-jeu signalés pour une épaule ou un coude, très mal compris du public.
Les situations sans hors-jeu possible
Plusieurs cas écartent la règle entièrement, quel que soit le placement des joueurs sur le terrain.
Dans sa propre moitié de terrain. Un joueur situé dans son camp au moment de la passe ne peut jamais être hors-jeu, même s'il se trouve devant tous les adversaires.
Sur une rentrée de touche. Aucun hors-jeu ne peut être sanctionné directement sur la remise en jeu.
Sur un coup de pied de but et sur un corner, pour la même raison : le ballon repart d'une situation d'arrêt de jeu.
Quand le ballon vient d'un adversaire qui l'a volontairement joué. Une passe manquée d'un défenseur ou un dégagement raté remettent le compteur à zéro. La nuance porte sur le mot « volontairement » : une déviation subie, un contre involontaire ou un arrêt du gardien ne remettent pas le joueur en position régulière.
Cette dernière distinction est la plus délicate à trancher en direct, et celle qui divise le plus les commentateurs. Elle repose sur une appréciation du geste du défenseur, pas sur une mesure.
Comment l'arbitre assistant se place
L'arbitre assistant suit l'avant-dernier défenseur, ou le ballon si celui-ci est plus proche de la ligne de but. Il se déplace latéralement pour rester exactement dans l'alignement, ce qui lui permet de juger sans effet de perspective. Un assistant décalé de deux mètres voit une action tout autrement.
La consigne moderne est d'attendre : le drapeau ne se lève qu'une fois l'action terminée, afin de ne pas annuler une occasion de but qui se révélerait régulière après vérification. C'est un changement notable pour qui regardait le football il y a vingt ans, où le hors-jeu était signalé immédiatement.
La sanction, elle, n'a pas changé : un coup franc indirect pour l'équipe adverse, à l'endroit où se trouvait le joueur fautif au moment de la passe. Indirect signifie qu'un but ne peut pas être marqué directement sur ce coup franc.
Ce que la vidéo a changé
L'assistance vidéo à l'arbitrage a transformé l'application de la règle plus que la règle elle-même.
Le tracé de lignes sur l'image permet de trancher des écarts de quelques centimètres, ce qu'aucun oeil humain ne peut faire. Cette précision a produit des annulations de buts pour des marges infimes, et alimenté un débat sur l'esprit de la règle, conçue à l'origine pour empêcher un attaquant de camper devant le but adverse.
Le hors-jeu semi-automatique, utilisé pour la première fois lors de la Coupe du monde 2022, repose sur des caméras de suivi des joueurs et un capteur placé dans le ballon. Il ne modifie pas la règle mais réduit le temps de vérification, principal reproche adressé à la vidéo.
Ces évolutions expliquent que la loi 11 fasse l'objet de discussions régulières au sein de l'organisme qui édicte les Lois du Jeu, notamment sur l'idée d'exiger un dépassement complet du corps plutôt qu'une simple partie.
Trois situations de match expliquées
Le but refusé pour un pied. L'attaquant reçoit le ballon en profondeur et marque ; la vidéo montre que son pied dépassait de quelques centimètres au moment de la passe. Le but est annulé : la règle ne prévoit aucune tolérance, et c'est précisément ce que le débat public conteste.
Le joueur qui gêne sans toucher. Un attaquant en position irrégulière se trouve dans la trajectoire d'une frappe et le gardien ne voit le ballon qu'au dernier instant. Aucun contact n'a lieu, mais il y a bien infraction : gêner la vision d'un adversaire suffit à constituer la faute.
Le rebond sur le poteau. Un joueur régulier frappe, le ballon revient du montant, et un coéquipier en position de hors-jeu au moment de la frappe le reprend. Le but est refusé : il a tiré un avantage de sa position, troisième cas prévu par la règle.
Ces trois situations reviennent chaque week-end sur les terrains, et elles suffisent à comprendre l'essentiel de la loi 11.
Le piège du hors-jeu, une arme défensive
La règle ne fait pas que sanctionner : elle a donné naissance à une tactique d'équipe à part entière, le piège du hors-jeu.
Le principe est simple à énoncer et redoutable à exécuter. Au moment où l'adversaire s'apprête à lancer son attaquant, toute la ligne défensive remonte d'un même mouvement. Le joueur lancé se retrouve alors au-delà de l'avant-dernier défenseur au moment de la passe, et l'arbitre assistant lève son drapeau.
Ce geste demande une synchronisation absolue entre les quatre défenseurs. Un seul joueur qui remonte avec un temps de retard, et c'est lui qui maintient tout le monde en position régulière : l'attaquant se retrouve seul face au gardien. C'est pourquoi une équipe qui pratique cette tactique travaille la ligne défensive à l'entraînement bien plus que les autres.
Le piège du hors-jeu est aussi devenu plus risqué avec la vidéo. Une équipe qui le pratique accepte que chaque action douteuse soit revue image par image, et un décalage de quelques centimètres suffit désormais à faire valider un but que l'arbitre avait refusé sur le terrain.
Ce que la règle impose à l'attaquant
Du côté offensif, la loi 11 dicte des automatismes que tout joueur apprend très tôt.
Partir du bon pied. L'attaquant règle sa course sur le geste du passeur, pas sur sa propre envie de partir. Un appel déclenché une demi-seconde trop tôt annule l'action, aussi bien exécutée soit-elle.
Décrocher pour se remettre en jeu. Un joueur en position irrégulière peut redevenir régulier en revenant vers son camp avant que le ballon ne soit joué. C'est le mouvement de base de tout attaquant de pointe.
Croiser les courses. Deux attaquants qui échangent leur position obligent la défense à choisir qui suivre, et le joueur laissé libre part souvent d'une position régulière.
Ne pas gêner quand on est hors jeu. Un joueur qui se sait en position irrégulière s'écarte volontairement de la trajectoire pour ne pas faire annuler le but d'un coéquipier. C'est un réflexe d'équipe, pas d'individu.
Ces gestes expliquent pourquoi le hors-jeu structure le jeu d'attaque autant que la défense. Une équipe qui les maîtrise gagne plusieurs occasions par match, sans rien changer à sa technique. Pour le reste de l'équipement du joueur, notre rubrique accessoires de sport détaille ce qui compte réellement sur le terrain.
Pourquoi cette règle existe
Le hors-jeu est presque aussi ancien que le football codifié. Sans lui, rien n'empêcherait une équipe de poster en permanence un joueur devant le but adverse en attendant un long ballon, ce qui réduirait le jeu à une succession de dégagements.
La règle a beaucoup évolué. À l'origine, trois adversaires devaient se trouver entre le joueur et la ligne de but ; ils ne sont plus que deux depuis 1925. Ce simple changement a fait bondir le nombre de buts marqués et donné au football moderne sa physionomie actuelle.
C'est ce qui explique que chaque ajustement de la loi 11 soit suivi de près : elle ne règle pas un détail, elle fixe l'équilibre entre l'attaque et la défense. Une règle plus permissive avantage les attaquants, une règle plus stricte récompense la ligne défensive qui monte au bon moment.
Le hors-jeu dans les autres formes de jeu
La loi 11 ne s'applique pas partout de la même façon, et connaître ces variantes évite bien des malentendus au bord d'un terrain.
En futsal, il n'y a pas de hors-jeu. La surface de jeu étant réduite et le jeu très rapide, la règle n'aurait aucun sens : rien n'empêche un joueur de se poster devant le but adverse, et c'est le rythme du jeu qui l'en dissuade.
En football à cinq et en football à sept, la règle du hors-jeu est le plus souvent supprimée ou fortement assouplie selon les fédérations, avec parfois une ligne de hors-jeu tracée à distance du but plutôt qu'une référence au dernier défenseur.
Chez les jeunes, l'application est progressive. Les catégories les plus jeunes jouent sans hors-jeu, la règle étant introduite au moment où la lecture du jeu devient accessible aux joueurs. C'est un choix pédagogique : demander à un enfant de juger la position de l'avant-dernier adversaire au moment d'une passe suppose une perception du jeu qui vient avec l'expérience.
En football féminin et en football professionnel masculin, en revanche, la règle est strictement identique : la loi 11 ne fait aucune distinction, et l'arbitrage vidéo s'y applique dans les mêmes conditions selon les compétitions.
Ces variantes rappellent une chose utile : le hors-jeu n'est pas une règle morale mais un outil d'équilibre du jeu. Là où le terrain est petit et le jeu dense, il devient inutile ; là où l'espace est grand, il structure tout.
Questions fréquentes
Peut-on être hors-jeu sur un corner ?
Non. Aucune infraction de hors-jeu ne peut être sanctionnée directement sur un corner, une rentrée de touche ou un coup de pied de but.
Le gardien compte-t-il comme défenseur pour le hors-jeu ?
Oui. La règle parle de l'avant-dernier adversaire, quel qu'il soit. Dans la très grande majorité des cas le gardien est le dernier, et c'est donc le défenseur de champ le plus reculé qui sert de repère.
Un joueur peut-il être hors-jeu sans toucher le ballon ?
Oui, s'il gêne un adversaire, lui barre la trajectoire ou l'empêche de voir le ballon. Le contact avec le ballon n'est pas nécessaire pour qu'il y ait infraction.
Quelle sanction pour un hors-jeu ?
Un coup franc indirect en faveur de l'équipe adverse, accordé à l'endroit où se trouvait le joueur au moment où son coéquipier a joué le ballon.









