Les Lois du jeu interdisent au gardien de but de distraire le tireur de penalty de façon déloyale, et pourtant les portiers ont toujours cherché à déconcentrer l'adversaire. Jambes molles, danse, ballon confisqué : retour sur les ruses du duel au point de réparation, et sur ce que l'arbitre sanctionne.
Le football a ses images cultes, et le face-à-face des onze mètres en fournit beaucoup. Les vidéos du genre, qui alimentent depuis longtemps la rubrique actualité du foot et des insolites du ballon rond, montrent un tireur qui multiplie les feintes, un gardien qui sautille sur sa ligne ou un joueur qui retarde l'exécution. Derrière l'humour, le geste a un but précis : briser la concentration de celui d'en face au moment où tout se décide en une seconde.
Pourquoi déconcentrer le tireur marche aussi souvent
Le tireur de penalty part favori : à onze mètres, une frappe placée près des poteaux reste presque imparable. Toute la pression psychologique repose donc sur lui, et le gardien le sait. Le portier n'a rien à perdre, le joueur qui s'avance a tout à perdre devant le public, son équipe et les caméras. Chaque seconde gagnée, chaque mouvement inattendu dans la cage, chaque regard insistant ajoute du doute dans la tête de l'attaquant.
Les entraîneurs de gardiens décrivent trois leviers. Le premier est l'attitude confiante : grandir dans le cadre, lever les bras, occuper l'espace pour donner l'impression d'une cage plus petite. Le deuxième est la perturbation du rythme : faire attendre, réclamer de replacer le ballon, discuter avec l'arbitre. Le troisième est l'information, réelle ou feinte, sur les habitudes du tireur. La réaction de l'attaquant compte autant que la technique de plongeon du dernier rempart.
Les distractions de gardiens restées dans l'histoire
Les exemples de distractions de gardiens ne manquent pas, et plusieurs ont pesé sur un titre. Ils montrent une technique stratégique plus qu'un simple numéro de cirque.
- Bruce Grobbelaar, 1984 : en finale de la Coupe des clubs champions face à l'AS Roma, le portier de Liverpool fait trembler ses jambes sur sa ligne. Francesco Graziani envoie sa frappe au-dessus de la barre transversale.
- Jerzy Dudek, 2005 : à Istanbul, contre l'AC Milan, le Polonais reprend la danse de son prédécesseur et repousse les tentatives d'Andrea Pirlo et d'Andriy Shevchenko.
- Jens Lehmann, 2006 : en quart de finale de la Coupe du monde contre l'Argentine, l'Allemand consulte une note glissée dans sa chaussette avant chaque tentative et arrête deux frappes.
- Tim Krul, 2014 : entré à la dernière minute de la prolongation contre le Costa Rica, le Néerlandais parle aux tireurs adverses et en stoppe deux.
- Emiliano Martínez, 2022 : en finale de la Coupe du monde contre la France, l'Argentin danse et éloigne le ballon avant la tentative d'Aurélien Tchouaméni, qui manque le cadre.
Plus près de nous, en Ligue 2, le gardien de Niort Mathieu Michel s'agenouille dans sa cage le 1er avril 2023 face à Saint-Étienne pour déstabiliser Jean-Philippe Krasso, et le stratagème fonctionne. Ces scènes circulent ensuite en vidéo, au même titre que les agressions de supporters contre un gardien au Pérou, qui rappellent que le portier reste la cible de toutes les attentions.
Ce que dit la loi 14 sur le penalty
La loi 14 des Lois du jeu, rédigées par l'International Football Association Board (IFAB), encadre l'exécution du penalty. Le ballon est posé sur le point de réparation, les poteaux, la barre transversale et les filets ne bougent pas, et le gardien reste sur sa ligne de but, entre les montants, face au tireur, jusqu'à la frappe. Au moment du coup de pied, au moins une partie d'un pied du gardien touche la ligne, se trouve au-dessus d'elle ou derrière elle. Le texte actuel interdit aussi au portier de toucher les poteaux, la barre ou les filets et de distraire le tireur de façon déloyale, par exemple en retardant abusivement la reprise du jeu.
Cette précision vise directement les comportements vus en Coupe du monde : en 2023, l'IFAB a ajouté au règlement l'obligation pour le gardien de respecter le jeu et l'adversaire, une nouvelle règle largement surnommée « règle Martínez » par la presse sportive. Pour les autres joueurs, la loi impose de rester hors de la surface de réparation, derrière le point et à 9,15 m au moins du ballon jusqu'à la frappe.
Quelle sanction pour un gardien qui distrait le tireur ?
La sanction d'un gardien fautif dépend de l'issue. Si le ballon entre, le but compte. S'il est arrêté ou manque le cadre, l'arbitre fait retirer le coup de pied de réparation et peut avertir le portier pour son infraction. Avec l'assistance vidéo, un départ anticipé de la ligne se repère désormais au ralenti, ce qui réduit fortement la marge de manœuvre du dernier rempart.
Le tireur a-t-il le droit de feinter ?
Le tireur peut feinter pendant sa course d'élan : ralentir, s'arrêter un instant, changer de rythme. Une fois la course terminée, une feinte de frappe constitue une faute : l'arbitre avertit le joueur et accorde un coup franc indirect à l'équipe adverse, que le ballon entre ou non. La paradinha, ce petit arrêt brésilien avant de frapper, reste donc permise tant qu'elle intervient pendant l'élan.
| Geste | Gardien | Tireur |
|---|---|---|
| Bouger sur la ligne, lever les bras | Permis | Sans objet |
| Toucher poteaux ou filets | Interdit | Sans objet |
| Feinte pendant la course d'élan | Sans objet | Permis |
| Feinte après la course d'élan | Sans objet | Interdit, avertissement |
| Retarder abusivement l'exécution | Interdit | Interdit |
Comment un gardien peut influencer un penalty sans tricher
Un gardien peut influencer la décision du tireur sans enfreindre le règlement. Se décaler légèrement d'un côté du but invite l'attaquant à viser l'espace le plus large, que le portier couvre ensuite. Fixer le joueur dans les yeux, rester immobile jusqu'au dernier moment, puis réagir sur le pied d'appui du tireur relève d'une méthode travaillée à l'entraînement.
Les meilleurs gardiens sur penalty s'appuient aussi sur la statistique et l'historique des adversaires. Les clubs de haut niveau préparent des fiches sur la direction du tir de chaque attaquant, son élan, sa façon d'ouvrir le pied. Une bonne performance dans l'exercice tient donc moins à la chance qu'à la concentration, à la lecture du corps et à la gestion de l'attente. Pour les gardiens amateurs, un échauffement complet avant de jouer prépare les appuis et les plongeons, et limite le risque de blessure au moment de la détente.
Quelles astuces pour arrêter un penalty ?
Les astuces pour arrêter un penalty reviennent d'un manuel à l'autre et reposent toutes sur la préparation :
- observer la position du pied d'appui, qui indique souvent le côté visé ;
- attendre la frappe plutôt que plonger au hasard, pour garder une chance sur les tirs au centre ;
- travailler la réaction et l'explosivité sur des séries de frappes à l'entraînement ;
- garder une attitude confiante, car un portier serein met la pression sur l'adversaire.
Lors d'une séance de tirs au but, l'enjeu se joue aussi collectivement : le gardien qui arrête la première tentative installe le doute chez tous les tireurs suivants. La compétition offre ainsi au portier un rare moment où il devient le héros, à condition de rester dans le cadre fixé par la loi.












